Lorsque nous parlons de paix, nous croyons presque toujours parler de la même chose. Pourtant, ce n’est pas le cas. Le mot « paix » est habituellement utilisé pour désigner une réalité très précise — la paix politique — qui ne coïncide pas avec ce que nous entendons ici par paix humaine. Si cette différence n’est pas clarifiée dès le départ, toute proposition d’unité humaine se trouve inévitablement prise dans la confusion. C’est pourquoi il est nécessaire de préciser, avec soin et sans ambiguïté, de quelle paix nous parlons.
Nous ne parlons pas de la paix politique entendue comme simple absence de guerre : cet état d’armistice ou d’entre-deux-guerres soutenu par un ordre violent, garanti par la force de la loi et, en dernière instance, par les armes. Dans ce cadre, par exemple, lorsque les États-Unis enlèvent Maduro, président du Venezuela, leurs partisans présentent cet acte comme un geste de justice ; tandis que leurs critiques y voient une rupture de la paix, une action violente qui viole le droit international et la souveraineté des États. Dans les deux cas, on fait appel à la même idée : que la justice doit être « rétablie » par la coercition.
Or, cet ordre juridique invoqué ne peut se maintenir sans la force. C’est pourquoi tout ordre juridique finit par soutenir un ordre hiérarchique mondial qui, au cours des dernières décennies, a été dirigé par les États-Unis et leurs alliés, non parce qu’ils seraient plus justes, mais parce qu’ils sont plus forts, leur force étant mesurée par leur capacité de destruction. Mais ce n’est pas de cette paix-là que nous parlons ici.
Pour nous, la paix est concorde, accord, harmonie, amour. Elle n’est pas l’absence de destruction maintenue par une menace efficace, ni quelque chose qu’il faudrait « préserver » face à un ennemi qui la romprait. La paix que nous proposons ne peut pas être « rétablie », car elle n’a jamais existé : l’unité humaine n’a jamais existé et n’était même pas possible dans un monde ancien inconnu et dépourvu de communication. La paix que nous proposons est une entreprise nouvelle, un objectif inédit. Notre finalité — l’unité humaine — est en elle-même la paix, une paix fondée sur l’inclusion de tous les êtres humains.
Pour le comprendre, il faut d’abord reconnaître que la violence — qu’il s’agisse de guerre, de confrontation, d’imposition ou de menace — découle logiquement de l’unilatéralité, c’est-à-dire de la prise de décisions excluantes.
Étant donné que les ressources sont limitées, leur usage exclusif prive les autres : il les renchérit, les pénalise et les place dans des conditions inacceptables. Mais avant même ce dommage matériel, la décision excluante constitue déjà en elle-même une violence, car elle porte atteinte à la dignité de l’autre. Ce sont là des manifestations ou des contradictions de la partialité. La plus grave, toutefois, est que toutes les parties sont contraintes de consacrer leurs ressources humaines et matérielles à accroître leur capacité de violence, en temps de guerre comme en temps de paix, car entre des parties divisées il ne reste qu’une alternative : dominer ou être dominé. Voilà l’effet réel de l’unilatéralité ou de la division humaine. La violence n’est pas un accident de la partialité : elle en est la conséquence inévitable.
À l’inverse, l’unité humaine, l’universalité — la prise de décisions inclusives — est la paix dans son sens humain et véritable. Car si nous sommes unis, même si le processus peut d’abord sembler difficile ou confus en raison d’une conscience façonnée par un passé de partialité, la logique même de l’unité nous conduit à rejeter ce qui cause du tort et à rechercher ce qui nous bénéficie à tous. Ainsi, nous nous influencerons mutuellement vers des comportements sociaux adaptés à l’ensemble de la communauté : le soin mutuel, la coopération, la concertation, la coordination, l’harmonie et la concorde. Voilà le bien commun, ce qui nous concerne tous sans contradiction.
Cela apparaît même dans sa manifestation la plus évidente et immédiate : une humanité unie n’a pas besoin d’armées, ni de consacrer ses ressources à les renforcer face à d’autres armées également armées — tout au plus, dans une phase initiale, une police. De même, deviennent inutiles la hiérarchie rigide et la distribution pyramidale des richesses qui soutiennent aujourd’hui des chaînes de commandement fondées sur la force, la punition et la privation préméditée de ressources, y compris de celles nécessaires à la vie. Ces structures existent et sont inévitables uniquement pour soutenir l’affrontement avec d’autres structures tout aussi implacables dans leur disposition à la confrontation issue de la partialité.
On peut donc le dire sans détour : l’unilatéralité est le mal — mutuel — ; l’universalité est le bien — commun. Cela peut s’expliquer par le simple bon sens et être communiqué à tous les êtres humains, car chacun peut le comprendre par lui-même. Toutefois, ce ne peut être l’État lui-même — expression institutionnelle de l’unilatéralité — qui promeuve cette vision. C’est pourquoi existe notre initiative d’unité humaine, et c’est pourquoi il est important que vous coopériez à la partager ; et pour cela, il est essentiel que vous la compreniez vous-même.
Cette idée n’est pas nouvelle. Bien au contraire, elle était bien connue dans l’Antiquité, lorsque l’État n’était pas l’unique moyen de transmission du savoir. Elle est présente dans la pensée chinoise ancienne, dans le moïsme de Mozi ; dans l’Antiquité gréco-romaine, où l’on faisait appel au Logos comme sens commun universel ; et aussi en Afrique, depuis des temps immémoriaux, sous le nom d’Ubuntu, que l’on peut traduire par humanité partagée. D’Ubuntu découle clairement l’idée que la paix est, dans son essence, l’unité humaine. Il suffit de réfléchir en profondeur à ce que cela signifie et implique.
Voici quelques définitions d’Ubuntu qui l’expriment avec une grande clarté :
• « On devient une personne grâce aux autres. »
• « Être humain, c’est affirmer l’humanité en reconnaissant celle de l’autre. »
• « C’est la communauté qui définit la personne, et non une qualité isolée comme la rationalité ou la volonté. »
• « Dans la pensée africaine, la responsabilité est indissociable du contexte communautaire. »
• « Nous sommes dans le monde pour le créer ensemble. »
• « Je suis parce que nous sommes ; et puisque nous sommes, alors je suis. »
Ubuntu révèle l’esprit qui nous unit à la communauté. Notre esprit n’existe pas de manière isolée : il se forme et se nourrit de son environnement. C’est précisément pour cette raison que les êtres humains sont appelés à vivre dans une seule communauté, non comme un choix moral supplémentaire, mais comme la forme adéquate de leur existence — et c’est précisément ce qui nous manque aujourd’hui. Cet esprit — qu’on l’appelle esprit, logos, humanité ou autrement — ne se laisse pas pleinement saisir par les mots. Au contraire, les mots, avec lesquels on fait aujourd’hui la politique et le droit, tendent à le dissimuler. C’est pourquoi, en Chine, on parle du Tao : ce qui ne peut être exprimé, mais qui, pourtant, nous guide.
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